Interview Jonathan Bel Legroux

 

Jonathan Bel Legroux

 

Bonjour à toutes et tous,

Ceux qui me connaissent et qui ont eu l’occasion de parcourir mon blog le savent, l’accompagnement des sportifs  a une place particulière dans ma pratique, et nous ne sommes finalement pas si nombreux en France à utiliser l’hypnose pour accompagner les sportifs, quand j’ai appris que Jonathan Bel Legroux sortait son livre  » Autohypnose et performance sportive  » ( disponible à la FNAC ou sur Amazon ) c’est tout naturellement que je lui ai proposé de discuter de son parcours, de son livre, mais aussi d’hypnose et de sport bien sûr ! 

 

Olivier Peyrega  : Bonjour Jonathan, pouvez-vous nous présenter votre parcours en hypnose et dans le sport et à quel moment vous avez associé ces 2 passions ?

Jonathan Bel Legroux : Bonjour. Mon parcours dans l’hypnose et le sport sont assez indissociables. Car c’est par l’un que j’ai découvert l’autre. Et franchement, je ne sais plus trop lequel de l’oeuf ou la poule… J’ai toujours fait du sport. Et j’ai découvert l’hypnose à 14 ans. J’ai lu des choses, beaucoup de choses, en testant suite à un bouquin d’Erickson qui a suscité une passion pour ce personnage.

Du coup, adolescent, entre deux lectures, je n’avais qu’une seule question en tête quand je pratiquai avec des amis : « Que ferait Erikson à ma place ». Aujourd’hui ça me fait marrer. Pas de ratification, pas synchro posturale…pas de concepts et de nominalisation complexes, pas de stratégies prises de tête, par contre de la simplicité, de la curiosité et de l’audace…beaucoup d’audace. Presque à m’en faire rougir aujourd’hui. Et bien ça fonctionnait à plutôt bien! Mais j’étais orienté dans le sport. Licence STAPS Éducation et Motricité à Paris, des contractualisations de prof d’EPS vacataires avec l’objectif de passer le concours de l’Éducation nationale, mais aussi éducateur de rugby puisque j’étais surtout rugbyman à l’époque.

Et puis une blessure grave m’a amené à stopper le rugby et à me remettre en question. Du coup, je suis passé sur un autre sport après l’opération. L’escalade. Rien à voir, et pourtant… Ainsi, me voilà parti de Paris vers Grenoble, et les aventures de la verticalité, tout en continuant un Master STAPS de sport, santé, et société. Je me retrouve dans les équipes d’alpinisme, part en expédition, notamment la première expédition d’escalade en Éthiopie, en 2011, et puis bien d’autres, en Algérie, au Yémen, au Brésil, au Maroc…

Allant vers l’envie de devenir guide de haute montagne, ce rêve s’achève avec un autre accident. Le corps casse encore. Et c’est de nouveau le temps des remises en questions. Là, je décide donc de me tourner vers l’autre domaine qui m’a toujours passionné, et que j’ai toujours fais : l’hypnose. Je décide donc d’aller me former, après avoir déjà pas mal lu et observé des vidéos notamment de Bandler, chez qui j’irai me former quelques années plus tard après avoir poussé la porte de l’ARCHE. Et là, c’est le bazar. Ce que j’apprends n’est pas tout à fait ce que je croyais qu’il fallait faire et qui pourtant fonctionnait. C’est le moment de la théorie, de la pratique, et puis du cadrage pour que l’apprentissage puisse se développer et ensuite s’ouvrir.

Durant mon cursus de praticien, j’ai tout de suite travaillé avec des sportifs. Tout d’abord parce qu’en 2011/2012 j’ai été le coach mental de la première Équipe de France Jeune d’Escalade sur Glace, qui cette année-là fera 3e meilleure nation sur le plan internationale, ensuite, parce que des sportifs, je n’avais que ça depuis des années autour de moi.

Progressivement, le bouche-à-oreille dans les sports de montagne et parmi les athlètes de la région s’est développé, me permettant de travailler avec des pros et des amateurs. Mêlant à l’hypnose mes connaissances de STAPS en neurosciences, physiologie, anatomie, biomécanique, psycho du sport et autres…ma spécialisation s’est dessinée assez rapidement et évidemment.

 

Utilisez-vous d’autres techniques que l’hypnose pour l’accompagnement des sportifs ?

Je m’intéresse depuis des années à la respiration. J’en teste sur moi même bien sûr et je teste surtout sur le terrain. Le souffle, l’apnée, l’expiration, bref, la respiration sont au centre du mouvement sportif. Alors c’est évident que cela a une place parmi les outils. En plus de cela, j’utilise tous mes outils d’hypno. Et la PNL? Je sais que cela fait encore débat en France, et ça m’attriste d’ailleurs, mais pour moi, hypnose et PNL sont la même chose, ou alors, s’il y a une différence, c’est celle-ci : si l’hypnose était la littérature, la PNL serait la grammaire. Je ne comprends pas qu’il y ait encore en 2018 un clivage entre deux techniques dont les deux créateurs revendiquent le côté hypnotique au point même où on enseigne dans leur formation des inductions rapide au bout du deuxième jour.

En plus de cela, j’utilise bien d’autres outils de visualisation, de sophro, de faster EFT… mais franchement, dans tous ces trucs, la base reste la suggestion, le pré talk de chaque technique qui la rend efficace, le rapport et l’alliance… bref, la dimension hypnotique. On scinde des techniques ert des domaines, par exemple avec la préparation mentale d’un côté, et l’hypnose de l’autre, les TOPS, la PNL, la sophro… alors que tout ça va quand même bien dans le même paquet : une boite à outils à changement.

Votre livre « L’auto-hypnose et performance sportive « traite de l’aide de l’auto-hypnose comme préparation mentale pour les sportifs, considérez-vous que l’auto-hypnose est la suite logique d’un accompagnent de préparation mentale avec l’hypnose ?

Déjà, je ne parle pas de préparation mentale. Je suis très « contre » ce terme. Déjà, parce qu’en France, on est loin de faire de la préparation mentale. On ne le prépare pas. On le répare à la rigueur, mais il n’est pas préparé. Je parle d’entraînement mental. D’ailleurs, c’est le sous-titre du livre : Manuel pratique d’entrainement mental pour le sportif.

Ensuite, l’autohypnose ne devrait pas être la suite logique d’un accompagnement, elle devrait en être la base. Dans mes rêves les plus fous, un sportif doit être autant autonome dans sa prépa physique, comme il sait faire des séries de push up, il doit savoir gérer une émotion. Et c’est quand il bloque dans son autonomie qu’il vient entraîner son mental chez moi. C’est pour cette raison que j’ai écris ce livre. Je considère que si mon travail est bien fait, je ne vois pas le sportif. Je suis le mec de l’ombre. Il n’a pas besoin de moi, et il a tous les outils. Mon job c’est d’être inutile.

Il y a trop de coachs qui, pensant se rendre utiles, se rendent indispensables. Et qu’elles sont les retombés dans la relation entraîneur/ entraînés? Cela peut être dramatique, une forme de gouroutisation. Les sportifs sont pris dans des doubles contraintes où on leur demande d’être adultes et responsables, tout en étant tout le temps derrière eux. À trop vouloir aider l’autre et être présent pour lui, on le prive de deux choses qui sont vitales d’après moi : la liberté et l’autonomie. La raison d’être de ce livre, c’est d’inverser progressivement les tendances.

 

Quels types de sportifs avez-vous pu suivre dans votre carrière ? Et avez-vous une préférence pour une ou plusieurs disciplines ?

J’ai pu suivre tout type de sportifs, amateurs, professionnels. J’ai une tendance à préférer les sports individuels et de Nature. Plus proche de mes valeurs souvent. Après j’ai bossé avec des athlètes de haut niveau dans des disciplines que je ne connaissais pas du tout, genre la natation artistique, le tir, et ça a été incroyable.

 

Avez-vous un accompagnement en particulier qui vous a marqué à titre personnel ?

Tous.

 

Quel conseil donneriez-vous à des personnes souhaitant se lancer dans l’accompagnement de sportif avec l’hypnose comme outil principal ?

Ce n’est pas facile. Et s’il y a un objectif financier à aller dans ce domaine là… passez votre chemin, vous serez déçu… 🙂 On est dans le milieu du sport, et des sous il n’y en a pas. Les sportifs olympiques se paient de leur poche les séances d’ostéo qui ne sont pas fournies par le club, la fédé ou l’INSEP… Je commence par cette réponse parce que c’est souvent que l’on me pose la question.

Après, c’est un chemin qui s’ouvre. Il y a presque 10 ans, j’avais l’impression de devoir me battre pour que cette technique existe dans le sport. Aujourd’hui, ce n’est pas terminé, mais il y a du mieux. Patience, passion, et exigence. Le sport est un monde de performance, de travail, d’exigence et d’excellence. Visons la même chose avec nos propres outils. Je dis ça parce que je vois des gens qui pourraient devenir extra en bossant un peu plus, qui se lance au bout d’une semaine de formation ce qui est trop court, et qui pour le coup, démonte et leur travail, et leur outil. Ce qui est dommage. Il y a que dans le dico que le talent arrive avant le travail. Du coup, après une formation, ce n’est que le début du job personnel à fournir.
Enfin, je crois à la curiosité. J’ai du mal à comprendre comment certaines personnes peuvent bosser sur le mental sans se passionner pour le corps, son fonctionnement, sa mécanique…
 pour entraîner votre tête en même temps.

Utilisez-vous à titre personnel l’auto hypnose et quel type de sujet êtes-vous en hypnose ?

Oui. Tout le temps. Par contre, la question sur quel type de sujet ne me parle pas du tout. Je ne m’étiquetterais pas, comme je n’étiquette pas mes clients 🙂 Pas mon genre.
 pour entraîner votre tête en même temps.

Avez-vous des ouvrages de référence pour la préparation mentale ?

pour entraîner votre tête en même temps.Les ouvrages d’Olivier Guidi sont une base excellente. Beaucoup d’ouvrages sont intéressants, mais un peu lourds et complexes pour un domaine qui se dit simple : la méthode Target, présente un modèle dont  je me suis inspiré pour faire mon modèle à moi dans « Autohypnose et performance sportive », mais ça s’arrête là. En fait, je crois que les bouquins d’explorateurs, type Mike Horn, sont plus intéressants que des bouquins sur la préparation mentale qui se veut donner un cadre théorique parfois bancal sur quelques choses de mouvant, l’humain, qui plus est, dans l’action. Les livres de Zen sont aussi très marqués par le travail du mental est peuvent être source d’inspiration. Je vous invite à consulter la biblio du bouquin. Parce qu’il y a des pépites, mais ailleurs que dans la préparation mentale…

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre livre ainsi qu’au public auquel il se destine ?

Il s’adresse à tout le monde, sauf aux hypnos… 🙂 Non, parce qu’il y a des choses qui peuvent être un peu nouvelles, ou du moins différentes même pour eux. Et j’ai eu des retours extras d’hypnos qui l’utilisent déjà pour eux, et dans leur job bien que ça ne soit pas du sport.
À Nice, et avant ça, ailleurs, je bosse avec des jeunes. Parfois des très jeunes. Eux, ils ont un rêve. Leurs yeux brillent quand ils en parlent. Celui de devenir championne ou champion. Mon livre, je l’ai écrit par respect pour le rêve qu’il y a derrière le scintillant de leur regard. C’est avant tout eux l’avenir. Ensuite, ces tous les sportifs qui sont concernés. Le débutant, les amateurs, et plus largement, les proches. Il y a des outils pour les entraîneurs, les éducateurs, les parents, les kinés…
 pour entraîner votre tête en même temps.

Je vous laisse le mot de la fin :

merci de l’invitation… et bon entrainement mental à tous. Car le mental s’entraîne, tout comme le corps, l’agilité, la force… Dans les stages que j’anime, les Mental Camp, je parle de cette erreur d’après moi que nous avons fait de diviser l’entrainement mental et l’ entrainement physique. Que vous soyez champion du monde ou champion de la reprise de la course à pied tous les trois mois… utiliser chaque moment d’action pour entraîner votre tête en même temps.

Sportivement.
 pour entraîner votre t
 pour entraîner votre tête en même temps.

ête en même temps.

 pour entraîner votre tête en même temps.
 » Autohypnose et performance sportive  » aux éditions Amphora, par Jonathan Bel Legroux :
AutoHypnose et performance sportive
Disponible en FNAC et sur Amazon